Juste un petit nuage

Le miel dégoulinait gaiement de sa tartine, sans qu'aucun doigt mouillé ni aucun coup de langue maladroit ne puisse rien faire. C'était la même chose, tous les matins. Elle ne pouvait pas prendre son petit-déjeuner sans s'en mettre par tout. Enfin, plus exactement, sans mettre du Nutella ou du miel partout. Sa mère la regardait, comme chaque fois, d'un air profondément dégoûté. Il ne fallait pas être Madame Soleil pour deviner ce qu'elle pensait. Elle réprouvait déjà fortement les goûts vestimentaires de sa fille (jeans et pulls informes), alors facile de deviner que voir sa fille de quatorze ans manger comme une gamine de six ne la réjouissait pas franchement. Et Lina en tirait un plaisir tout particulier. A vrai dire, reluquer du coin de l'½il les mines horrifiées de la femme en tailleur-pantalon qui sirotait vaguement son café bien serré en face d'elle lui apportait peut-être encore plus de plaisir que la simple dégustation de ses tartines. La mère de Lina ne se leva pas, puisqu'elle prenait tous ses repas debout comme la pile électrique qu'elle était, et s'avança jusqu'à l'évier pour déposer sa tasse dedans. Comme à son habitude, elle n'avait pas jeté un seul coup d'½il à Lina. Elle se détourna, et quelques minutes plus tard, la porte claqua. Lorsque le bruit du claquement des talons-aiguilles de sa maman résonnant sur les dalles de l'allée se fut éloigné, Lina entama son café-au-lait. Par bonheur, il était encore tiède.

[La Plume d'Argent]

# Posted on Tuesday, 27 May 2008 at 7:12 PM

En argent, la cuillère.

Je récupère les cons à la pelle, et un type intelligent me ramasse à la petite cuillère. Problème ?

Tout simplement peur. Accrochée de toutes mes forces à tout et rien, il y a des demandes qui me font vomir d'angoisse.

[La Plume d'Argent]

# Posted on Thursday, 24 April 2008 at 2:38 PM

Edited on Tuesday, 27 May 2008 at 7:13 PM

Poisseux

Plongée en ligne presque droite dans l'océan de mon ego. Je suis jalouse, affreusement jalouse de vous. Je voudrais être tout, comme vous, surtout. Mais je ne suis que Dieu, au dessus de cet aquarium poisseux, et Dieu est incomplet. Je me languis d'un concept que je ne peux même pas effleurer du bout des doigts. Je passe de longues minutes à courir comme une dératée vers un inconnu qui me repousse et que j'attire. Je me raccroche au dernier maillon/médaillon de la chaîne....

JE

[La Plume d'Argent]

# Posted on Sunday, 20 April 2008 at 1:32 PM

Les chats sont partis. Le rat danse. Un premier Août et tu soufflais déjà de soulagement. Je tente de me rappeler à ton bon souvenir !

J'en crevais de haine, tu sais. La solitude me pourrissait le coeur, au point de me donner envie d'ouvrir grand les bras pour rassembler d'un geste vaste tout un tas de bouffe, et répéter à la face de l'humanité : " Voilà. Voilà. Tout ça, c'est à moi. A moi. A moi. A moi, à moi, à moi, à moi... " C'est comme si j'avais été en train de mourir de faim et que la moitié du monde s'était tenue là, en bas, à rire à boire et à bâfrer... et que je n'étais pas arrivé à me lever et à les rejoindre. Pour m'envoyer dix tonnes de nourriture au fond de l'estomac, et calmer mon appétit. Cette faim vomissante.

Je suis tout seul depuis hier. Mes parents sont partis à Rome en me confiant l'appartement pour un mois. Ma soeur n'est plus là non plus. Ma mère l'a envoyée chez une de ses copines pour tout le mois. Elle a beaucoup ronchonné, Clara. Mais elle a fini par obtempérer. Après tout, la Côte d'Azur, ce n'est vraiment pas si mal... Moi, je suis resté tout seul au milieu du néant. Car c'est bien vrai, un Paris entamant un mois d'Août caniculaire, c'est désertification et compagnie. Et je ne parle pas simplement du climat et des petits vieux qui tombent comme des mouches. La plupart des Parisiens sont partis se rafraîchir le cul à la mer. Alors, du coup, la chape de chaleur étouffante qui est tombée sur les rues est vraiment une chape de silence. Plus de murmures dehors. Sauf la nuit, où les insectes ébahis s'éveillent, goûtant la soudaine fraîcheur... Quel silence. L'envie de gerber est presque partie. C'est si rare. Si rare pour moi de me sentir libre. Délivré.


[La Plume d'Argent]

# Posted on Sunday, 13 April 2008 at 10:16 AM

Edited on Sunday, 13 April 2008 at 11:12 AM

Signer en blanc

On se perd, on s'oublie dans une fascination de bien mauvais aloi, on en vient à penser que le verbe recevoir possède bien plus de goût que celui de donner, ce qui reste faux... quel que soit celui qu'on emploie, on finit à genoux.

[La Plume d'Argent]

# Posted on Wednesday, 26 March 2008 at 5:24 AM

Edited on Thursday, 03 April 2008 at 5:41 AM